samedi 27 février 2010

Néguentropie

Simplification abusive : entropie définie comme la fonction d’accroissement du désordre dans un système. Quand l’entropie est maximum le système est froid et disloqué. Je trouve que ce concept intervient peu dans les réflexions sur la Singularité ou alors ce sont mes lectures qui ne sont pas les bonnes.
Pour se préserver de la désagrégation, de la mort un système exporte son entropie. On pourrait de manière simpliste considérer que, ce faisant, il augmente celle de son environnement. Pour continuer le raisonnement simpliste (je sens que j’abuse de votre patience ) on voit comment nos société rejettent, sous forme de matière inerte, les déchets induits par son fonctionnement. Au risque qu’à partir d’un certain seuil arrive le moment où l’environnement est saturé. Si la société repose sur un substrat biologique cette détérioration risque probablement de s’avérer fatale. Comment sortir de ce schéma qui semble porter notre propre malédiction et, d’une certaine manière, celle de tout système.
Première possibilité : élargir l’environnement. Conquête spatiale, colonisation du système solaire. La contrainte technologique est énorme et, dans l’état actuel des choses pourrait porter à son comble la détérioration de l’environnement.
Deuxième possibilité : accepter plus d’entropie pour en limiter l’exportation. Le prix, en terme d’intelligence considérable et le risque sociétal, à terme, explosif.
Troisième possibilité : augmenter l’information dont dispose le système pour en améliorer le fonctionnement, limiter les frottements qui engendrent une perte d’énergie et donc augmentent l’entropie. En la matière le réflexe des singulitariens semble la transformation de la matière en information. Les procédés semblent à portée de la main mais la main a du mal à faire ce chemin. Les résistances à l’évolution technologique ne cessent de croitre et l’image du progrès scientifique et technique se dégrade à mesure que son rythme s’accélère. Là aussi entropie.
Il est, me semble-t-il, là une possibilité dont il est trop peu question. Une modification assez poussée des systèmes éducatifs qui, augmentant vraiment l’intelligence des élèves plus que la quantité de savoirs dont ils disposent, les rendraient plus à même d’utiliser les flux d’informations disponibles, plus capables d’inventer des solutions nouvelles, plus susceptibles d’agir en considérant les niveaux de complexité.

J’oubliais :

Quatrième, cinquième, sixième,… solutions. Toutes celles auxquelles vous pensez et qui m’échappent…

jeudi 25 février 2010

mardi 23 février 2010

Technologie versus Humanité

Le concept d’humanité entretient, ces jours-ci, des rapports tendus avec la technologie. A proprement parler ça ne date pas d’aujourd’hui et je ne suis pas sûr que le premier qui est venu avec une roue n’a pas été accueilli par des sourcils soupçonneux. Le danger que la technologie fait courir à l’humanité n’est rien moins que la déshumanisation. Les instruments dont nous nous entourons nous font perdre notre vertu d’homme. Il est clair que dans ce constat on sous-entend que notre substrat est biologique et que si l’on peut accepter que nous améliorions notre quotidien avec des instruments, des objets ou des concepts qui aident notre vie de tous les jours ces réalisations ne doivent pas être envahissantes.
Ma conviction est que la technologie et l’humanité sont co-existentielles. Il me faudrait plus d’espace que ce dont je dispose ici pour développer ce thème. Mais il semble clair que l’outil a accompagné et parfois modifié l’évolution de l’humain. L’outil n’est pas la technologie. Certains animaux se servent d’outil mais aucune autre espèce n’a construit de système d’outils dont les correspondances qu’ils entretiennent entre eux au sein de notre réalité fait émerger une technologie. Au delà de l’outil il y a l’emploi qui en est fait, les outils qui accomplissent la même tâche mais différemment, les outils qui agissent en amont ou en aval, ceux qui peuvent modifier ou effacer l’oeuvre du précédent, etc. Donc un système complexe qui a été analysé, a fait l’objet d’une critique sociologique, psychologique, philosophique et économique devenant ainsi un champ organisé du savoir humain.
Dans ce contexte les « nouveautés » seront de deux ordres. D’une part, constituée en champ du savoir autant qu’en lieu emblématique de l’activité humaine, la technologie a entrepris depuis longtemps un développement autonome. Elle ne répond plus à des besoins exprimés mais propose des outils d’amélioration de notre espace, de nos pratiques, de nos pensées qui ne correspondent plus à une nécessité mais se révèlent cependant utiles. D’autre part la technologie est de plus en plus invasive. Non seulement elle prolonge le membre mais elle commence à s’y intégrer. Non seulement elle aide les fonctions cognitives comme l’antique boulier mais elle commence à prolonger voire susciter nos pensées et notre communication. La technologie s’intègre à l’humain comme elle ne l’avait jamais fait. Il est normal et même souhaitable que des résistances se développent. Il serait cependant dommage qu’elles altèrent le développement technique au moment où nous en avons le plus besoin pour régler les problèmes que ce même développement à créer.
Dans ce mouvement récent on voit comment la technologie est susceptible de modifier l’humain dans des proportions jamais atteinte. Revenons cependant loin en arrière, au moment où les premières araires permirent d’obtenir de meilleures récoltes. La technique ici permis une amélioration de la santé, de l’espérance de vie et les familles mieux nourries purent nourrir une progéniture plus abondante. On voit bien là que la technique a modifié le corps de l’homme, son métabolisme et enfin jusqu’à ses rapports sociaux. Peut-on prétendre (sauf à accorder un quelconque crédit à l’existence d’un paradis terrestre ) que l’homme n’a pas été là amélioré ? Je ne peux que me sentir amélioré par mes lunettes qui compense ma vue basse, par la lumière artificielle qui me permet de travailler plus tard, par Internet qui a réduit la taille du monde, etc. Il est de même probable que les progrès à venir ne feront qu’accélérer ce mouvement et je ne me sens pas de le regretter.
Il me semble que d’ici quelques dizaines, centaines d’années nos successeurs se plaindront de nouveau de ce que le progrès altère l’humanité, mais qu’ils auront autant de mal à reconnaître en nous des membres de cette même humanité, autant que nous avons de mal à imaginer dans le pithécanthrope un humain au ses strict.

dimanche 21 février 2010

Qualité / Quantité


Reprenons la formule traditionnelle : "à partir d'un certain seuil, un somme de modifications quantitatives finit par générer un changement qualitatif". C'est un peu ainsi que Kurzweil me semble concevoir la Singularité. Une accumulation d'avancées technologiques débouche sur une modification intrinsèque du rapport que l'humanité entretient avec sa création. En mettant en évidence la progression exponentielle de l'évolution technologique il suppose d'une part que cette tendance est vraie depuis l'origine ce qui fait l'économie des accidents de l'histoire. D'autre part cela précipite vers nous l'horizon du bouleversement qualitatif qu'il appelle la Singularité.
Ce cas de figure s'est-il jamais présenté ? Est-ce ce type d'accumulation technologique qui a fait émerger l'homme moderne où une simple mutation génétique? Quel fut, par exemple, la place du langage dans cette histoire ? La démarche consistant à créer intentionnellement un outil et à le reprendre pour le perfectionner est-elle liée à ce processus? Évolution ou co-évolution ?

vendredi 19 février 2010

Jeremy Rifkin et la 3e révolution industrielle

Dans une récente interview donnée à NewScientist Jeremy Rifkin présente son dernier livre The Emphatic Revolution. Une première lecture m'aurait presque donné envie de l’acheter. Mais il y avait ce je ne quoi qui vous laisse un sentiment d’insatisfaction. J’en étais resté là quand, au détour d’une discussion, j’en ai parlé à un ami. Justement il l’avait vu, il y a 2 ou 3 ans, donner une conférence à Modena. Il n’avait été que moyennement enthousiasmé. De même il trouvait l’article plutôt moyen. Alors j’y suis revenu... et à la deuxième lecture il n’est pas resté grand chose.
En fait M. Rifkin se trahit dès le troisième paragraphe. « My sense is that the failure runs very deep. The problem is that those leaders are using 18th century Enlightenment ideas to address 20th century challenges ».
Problème, nous sommes déjà au 21e siècle. Et, de fait, les instruments avec lesquels il analyse la situation sont ceux du 19e siècle. Raisonnement linéaire : une cause un effet. L’analyse est complexe mais reste linéaire. Le problème est celui de l’énergie? la réponse est l’empathie. Un nouveau paradigme social dont la gratuité serait l’enseigne. Le problème est la destruction de la biosphère ? la réponse est dans une conscience biologique globale (empathie avec la nature), etc. Tout ça est très gentil mais un peu vieillot.
Le point sur lequel je le rejoins complètement c’est là : « Education is a total mess. Our educational model is based on Enlightenment ideas and progressive ideas of the 20th century--if human nature is autonomous, calculating and self-interested and if the market is the way we fulfill those interests, our education reflects that. We are taught that knowledge is a personal asset to achieve one's aims in the world--knowledge is power. If you share your knowledge, that's cheating. »
Même si dans le cas français l’origine est plus liée au Premier Empire et à sa logique administrative on est bien obligé de constater que la machine est bloquée et que l’on reste rivé à une logique de transmission des savoirs, une permanente révérence au passé quand le problème et de s’adapter à un monde en renouvellement permanent.

Autres liens : Jeremy Rifkin sur la Wikipedia en anglais et en français

jeudi 18 février 2010

Stross et Kurzweil

Je suis en train de finir "Accelerando" de Charles Stross (lecture non-sérieuse) et je viens de commencer - enfin - "The Singularity is Near" de Ray Kurzweil (lecture sérieuse). La façon dont Stross s'est inspiré de Kurzweil est amusante. Le roman est passionnant malgré certaines faiblesses. J'avoue avoir été étonné de la façon assez brutale dont Stross nous assène des pans entiers d'histoire du futur. D'un autre côté je ne partage pas du tout ce qui semble être les convictions libertariennes de l'auteur. A part ces deux points cela fait un bon roman.
Ce qui m'intrigue le plus c'est que je l'ai trouvé assez modeste dans sa vision de l'humanité post-singularité. J'ai eu l'impression de retrouver les mêmes humains un peu maladroits avec les nouvelles technologies, comme un prof devant un iPhone. Il me semble que la Singularité devrait aller plus loin dans le changement de l'humain, s'il survit. Pour faire court j'imagine que l'homme post-singularité aura des rapports moins compliqués avec son système hormonal.

lundi 15 février 2010

ADN 2.0

Avec cette découverte c'est l'idée de nature qui en prend encore un coup. Le concept d'une nature sortie déjà potentiellement parfaite ne résiste pas longtemps à l'analyse. Quand à l'idée d'une humanité sommet de la création elle porte, dans le meilleur des cas, à sourire. Il reste encore cependant du chemin avant d'imaginer que l'homme puisse prendre en main son évolution comme le souhaitait Hawking il y a peu.
Ce qui me paraît vraiment le plus frappant dans cette nouvelle c'est donc la possibilité d'ajouter à ce qui nous semble le plus fondamental au monde, le biologique, le vivant, l'oeuvre même du 3e puis du 6e jour.