mardi 23 février 2010

Technologie versus Humanité

Le concept d’humanité entretient, ces jours-ci, des rapports tendus avec la technologie. A proprement parler ça ne date pas d’aujourd’hui et je ne suis pas sûr que le premier qui est venu avec une roue n’a pas été accueilli par des sourcils soupçonneux. Le danger que la technologie fait courir à l’humanité n’est rien moins que la déshumanisation. Les instruments dont nous nous entourons nous font perdre notre vertu d’homme. Il est clair que dans ce constat on sous-entend que notre substrat est biologique et que si l’on peut accepter que nous améliorions notre quotidien avec des instruments, des objets ou des concepts qui aident notre vie de tous les jours ces réalisations ne doivent pas être envahissantes.
Ma conviction est que la technologie et l’humanité sont co-existentielles. Il me faudrait plus d’espace que ce dont je dispose ici pour développer ce thème. Mais il semble clair que l’outil a accompagné et parfois modifié l’évolution de l’humain. L’outil n’est pas la technologie. Certains animaux se servent d’outil mais aucune autre espèce n’a construit de système d’outils dont les correspondances qu’ils entretiennent entre eux au sein de notre réalité fait émerger une technologie. Au delà de l’outil il y a l’emploi qui en est fait, les outils qui accomplissent la même tâche mais différemment, les outils qui agissent en amont ou en aval, ceux qui peuvent modifier ou effacer l’oeuvre du précédent, etc. Donc un système complexe qui a été analysé, a fait l’objet d’une critique sociologique, psychologique, philosophique et économique devenant ainsi un champ organisé du savoir humain.
Dans ce contexte les « nouveautés » seront de deux ordres. D’une part, constituée en champ du savoir autant qu’en lieu emblématique de l’activité humaine, la technologie a entrepris depuis longtemps un développement autonome. Elle ne répond plus à des besoins exprimés mais propose des outils d’amélioration de notre espace, de nos pratiques, de nos pensées qui ne correspondent plus à une nécessité mais se révèlent cependant utiles. D’autre part la technologie est de plus en plus invasive. Non seulement elle prolonge le membre mais elle commence à s’y intégrer. Non seulement elle aide les fonctions cognitives comme l’antique boulier mais elle commence à prolonger voire susciter nos pensées et notre communication. La technologie s’intègre à l’humain comme elle ne l’avait jamais fait. Il est normal et même souhaitable que des résistances se développent. Il serait cependant dommage qu’elles altèrent le développement technique au moment où nous en avons le plus besoin pour régler les problèmes que ce même développement à créer.
Dans ce mouvement récent on voit comment la technologie est susceptible de modifier l’humain dans des proportions jamais atteinte. Revenons cependant loin en arrière, au moment où les premières araires permirent d’obtenir de meilleures récoltes. La technique ici permis une amélioration de la santé, de l’espérance de vie et les familles mieux nourries purent nourrir une progéniture plus abondante. On voit bien là que la technique a modifié le corps de l’homme, son métabolisme et enfin jusqu’à ses rapports sociaux. Peut-on prétendre (sauf à accorder un quelconque crédit à l’existence d’un paradis terrestre ) que l’homme n’a pas été là amélioré ? Je ne peux que me sentir amélioré par mes lunettes qui compense ma vue basse, par la lumière artificielle qui me permet de travailler plus tard, par Internet qui a réduit la taille du monde, etc. Il est de même probable que les progrès à venir ne feront qu’accélérer ce mouvement et je ne me sens pas de le regretter.
Il me semble que d’ici quelques dizaines, centaines d’années nos successeurs se plaindront de nouveau de ce que le progrès altère l’humanité, mais qu’ils auront autant de mal à reconnaître en nous des membres de cette même humanité, autant que nous avons de mal à imaginer dans le pithécanthrope un humain au ses strict.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire