jeudi 4 mars 2010

Prêtre, savant, enseignant

Notre cerveau interprète les faits qui sont d’abord des sensations. Puis il cherche à les intégrer dans un ensemble plus vaste et à leur donner une signification. Le premier mouvement relie les faits les uns aux autres et donne une image utilisable de la réalité complexe qui nous entoure. Le second cherche à donner un sens, reliant le perçu à une réalité non perçue mais supposée existante. Le premier se révèle positif en terme d’évolution. Ceux qui intègrent correctement les informations disparates que leurs sens envoient au cerveau pour en tirer une signification globale se révèlent plus efficaces à la chasse ou plus prudents face au danger. Les autres meurent. Même s’il se trompe celui qui peut parfois avoir raison a une supériorité sur celui qui ne voit rien. Cette capacité portée à son apogée est celle du leader.
Le chaman va plus loin en donnant du sens à l’ensemble du monde. Jeux des esprits, trame des forces obscures, beaucoup sentent qu’il y a là un domaine qui leur échappe et qui demande ordonnancement. Au chaman a succédé le prêtre, membre d’organisation plus vaste, héritier de leaders religieux qui savaient interpréter les signes du monde il n’est souvent qu’un fonctionnaire de la métaphysique, reproduisant gestes et signes dans un rituel qu’il espère convaincant sans être lui-même toujours convaincu.
Dans l’Antiquité il a souvent associé à sa fonction celle de l’étude du réel supposé révéler la signification profonde du monde. Science et croyance aux origines confondues. Mais la science se sécularise jusqu’à mettre en doute l’existence même de Dieu. Où en sommes nous ? La religion n’a pas subi la désaffection qu’escomptaient les rationalistes. Si certaines institutions perdent leurs clients d’autres continuent de prospérer et de nouvelles récupèrent une clientèle désenchantée.
La science connaît, elle aussi, quelques problèmes en ce moment. Jugée responsable de quantité de maux et coupable de dysfonctionnement, elle a plutôt mauvaise presse. Le savant continue cependant d’être celui qui peut donner un sens à la réalité, intégrer des faits disparates pour en faire une image compréhensible du monde. Là où ça ne fonctionne pas c’est que cette lecture ne nous permet pas de régler nos comportements avec la même efficacité que la croyance. L’univers n’a pas de but, nous non plus. Le défaut d’espérance dessert la science.
Le seul qui puisse occasionnellement opérer cette synthèse c’est l’enseignant. Souvenez-vous de ce professeur (si vous en avez eu un) dont les cours finissaient trop vite, celui grâce à qui vous vous êtes, un instant, senti plus intelligent. Vous l’avez vu penser devant vous et par la cohérence de son discours et la qualité de son propos il vous a ouvert la possibilité d’une compréhension globale.
Prêtre, savant et enseignant me semblent assurer cette fonction essentielle : donner une cohérence et une signification au monde. Leur point commun ? L’incapacité de relativiser, de douter, de poser l’historicité de la structure dans laquelle ils œuvrent. L’histoire nous montre que ni la religion, ni la science, ni l’enseignement n’existent depuis l’aube des temps. L’imagination nous permet de supposer qu’ils ne dureront pas éternellement. Pour ce qui me concerne je crois qu’Internet jouera un rôle essentiel dans l’émergence d’un nouveau schéma interprétatif. Le déferlement des données dont parle le dossier central de l'édition du 27 février de The Economist comme la fin de la théorie telle que l’annonce Chris Anderson dans Wired ressortissent de cette problématique, l’envolée du Web 2.0 aussi. Et ce n’est probablement que le début.

samedi 27 février 2010

Néguentropie

Simplification abusive : entropie définie comme la fonction d’accroissement du désordre dans un système. Quand l’entropie est maximum le système est froid et disloqué. Je trouve que ce concept intervient peu dans les réflexions sur la Singularité ou alors ce sont mes lectures qui ne sont pas les bonnes.
Pour se préserver de la désagrégation, de la mort un système exporte son entropie. On pourrait de manière simpliste considérer que, ce faisant, il augmente celle de son environnement. Pour continuer le raisonnement simpliste (je sens que j’abuse de votre patience ) on voit comment nos société rejettent, sous forme de matière inerte, les déchets induits par son fonctionnement. Au risque qu’à partir d’un certain seuil arrive le moment où l’environnement est saturé. Si la société repose sur un substrat biologique cette détérioration risque probablement de s’avérer fatale. Comment sortir de ce schéma qui semble porter notre propre malédiction et, d’une certaine manière, celle de tout système.
Première possibilité : élargir l’environnement. Conquête spatiale, colonisation du système solaire. La contrainte technologique est énorme et, dans l’état actuel des choses pourrait porter à son comble la détérioration de l’environnement.
Deuxième possibilité : accepter plus d’entropie pour en limiter l’exportation. Le prix, en terme d’intelligence considérable et le risque sociétal, à terme, explosif.
Troisième possibilité : augmenter l’information dont dispose le système pour en améliorer le fonctionnement, limiter les frottements qui engendrent une perte d’énergie et donc augmentent l’entropie. En la matière le réflexe des singulitariens semble la transformation de la matière en information. Les procédés semblent à portée de la main mais la main a du mal à faire ce chemin. Les résistances à l’évolution technologique ne cessent de croitre et l’image du progrès scientifique et technique se dégrade à mesure que son rythme s’accélère. Là aussi entropie.
Il est, me semble-t-il, là une possibilité dont il est trop peu question. Une modification assez poussée des systèmes éducatifs qui, augmentant vraiment l’intelligence des élèves plus que la quantité de savoirs dont ils disposent, les rendraient plus à même d’utiliser les flux d’informations disponibles, plus capables d’inventer des solutions nouvelles, plus susceptibles d’agir en considérant les niveaux de complexité.

J’oubliais :

Quatrième, cinquième, sixième,… solutions. Toutes celles auxquelles vous pensez et qui m’échappent…

jeudi 25 février 2010